defiEl Moutannabi… | Coeur en émoi

(Celui qui se fit prophète)


Ahmad Hussein Abu Tayeb, connu sous le nom  El Moutannabi est né à El-Kouffa (en Iraq) à l’époque de déclin de l’empire Abbasside.
Ses deux parents sont morts alors qu’il était enfant.
Il fut élevé par sa grand mère.
C’était une personne hors pair, doué d’une intelligence exceptionnelle et doté d’une mémoire étonnante. Très jeune il se fit remarquer par son talent en poésie.
Il était instable et se déplaçait constamment ! (Irak, Syrie, Égypte, Iran) Il était obsédé par l’idée d’atteindre les sommets de la gloire…
Il fut vite déçu par le cours des évènements ! Il récitait la poésie pour vanter les mérites du sultan mais celui-ci l’ignorait…

Il se prétendit alors prophète ! Et certains égarés, parmi les bédouins l’avaient suivi. Lorsque ses adeptes furent assez nombreux, El Mutannabi en fit une armée et attaqua le sultan qui le mit en déroute…

El Moutannabi avait écrit un poème, très satirique (qu’il renia lui-même par la suite ) où il insultait la mère d’un de ses rivaux…

Or, ce rival n’était autre que “Ibnou abi jah El Assadi Fatik.
Ce dernier lui tendra un guet-apens mais El Moutannabi, en voyant que ses ennemis étaient trop nombreux, voulut s’enfuir !
Son servant l’interpela :

” Comment ose-tu t’enfuir ? “ Toi qui disais :

الخيل والليل والبيداء تعرفني === والسيف والرمح والقرطاس والقلم

(“Les chevaux, la nuit et le désert me connaissent ainsi que l’épée, la lance, le parchemin et la plume “)

« Comment ose-tu fuir, toi le chantre du courage et de la bravoure ? »

El moutannabi, s’est retourné alors et lui a répondu :

« Tu m’as tué, fils de … »

Il revint sur ses pas et se lança, dans la bataille où il fut tué par ce même Fatik, à Noômanya ! Sa gloire fut post-mortem !

Il laissa, une œuvre poétique qui l’a immortalisé et à travers laquelle il a réussi à développer sa propre philosophie sur la vie et que personne n’a réussi à imiter après lui !
On ne ferait pas le tour de l’immense œuvre d’Al Moutanabbi si on occultait son célèbre poème ” dédié” méchamment à Kafour Al Akhchidi, gouverneur d’Égypte. Ce dernier était un serf affranchi.
Il avait promis au poète un poste de responsabilité mais se ravisa par la suite. La colère de notre poète fut à la mesure de son grand talent !
Excellant dans la satire (El-Hidja’), il s’en donna à cœur joie dans ce poème où il mit en pièces Kafour, ce “nègre” devenu gouverneur d’Égypte ! Certains, après cela n’hésitèrent point, à fustiger El Moutannabi de poète raciste !

Son poème, devint un chef-d’œuvre de la littérature arabe !

عيــدٌ بِأيَّـةِ حـالٍ عُـدتَ يـا عِيـدُ . . بِمــا مَضَـى أَم لأَمْـرٍ فِيـكَ تجـدِيدُ
أَمــا الأَحِبــةُ فــالبَيَداءُ دُونَهُــمُ .. فَلَيــتَ دُونَــكَ بَيْــدًا دونَهـا بِيـدُ
لَـولا العُـلَى لـم تجِبْ بِي ما أَجُوبُ بِها . . وَجنــاءُ حَـرْفٌ وَلا جَـرْداءُ قَيـدُودُ
وَكــانَ أطْيَـبَ مِـنْ سـيفِي مَعانَقَـةً . . أَشْــباهُ رَونَقــه الغِيــدُ الأَمــالِيدُ
لـم يَـتْرُكِ الدَهْـرُ مِـنْ قَلبي وَلا كَبِدي .. شَـــيْئاً تُتَيِّمــهُ عَيْــنٌ وَلا جِــيدُ
يــا ســاقِييَّ أَخَـمرٌ فـي كُؤوسِـكما . . أم فــي كُؤُوسِــكُما هَــمٌّ وتَسْـهِيدُ
أَصَخْــرَةُ أَنـا مـا لـي لا تُحِـرِّكُني .. هــذي المُــدامُ وَلا هـذي الأَغـارَيدُ
إذا أَرَدْتُ كُــمَيْتَ اللَّــوْنِ صافِيَــةً .. وَجَدْتُهـــا وحَــبِيبُ النَفْسِ مَفقُــودُ
مــاذا لَقِيْــتُ مِـنَ الدُنْيـا وأَعْجَبُـهُ .. أَنِّــي بِمـا أَنـا شـاكٍ مِنْـهُ مَحسُـودُ
أَمْسَــيْتُ أَرْوَحَ مُــثرٍ خازِنًـا ويَـدًا .. أَنــا الغَنِــيُّ وأَمــوالِي المَواعِيـدُ
إِنّــي نَــزَلتُ بِكَــذابِينَ ضَيفُهُــمُ .. عَـنِ القِـرَى وعَـنِ التَرحـالِ مِحـدُودُ
جُـودُ الرّجـالِ مـنَ الأَيْـدِي وَجُـودُهُمُ .. مــنَ اللِسـانِ فَـلا كَـانُوا وَلا الجـوُدُ
مـا يَقبِـضُ المَـوتُ نَفسًـا مِن نفوسِهِمِ .. إِلا وفــي يــدِهِ مِــن نَتَنِهـا عُـودُ
أكُلمــا اغْتَـالَ عَبـدُ السُـوءِ سـيدَهُ .. أَو خانَــه فَلَــهُ فـي مصـرَ تَمهيـدُ
صــار الخَـصِي إِمـام الآبِقيـن بِهـا .. فــالحُر مســتعبَد والعَبــدُ مَعبُـودُ
نـامَت نواطِـيرُ مِصـرٍ عَـن ثَعالِبِهـا .. فقــد بَشِــمْنَ ومـا تَفْنـى العنـاقيدُ
العَبــد ليسَ لِحُــرٍّ صــالحٍ بــأخٍ .. لَــو أنـهُ فـي ثيـابِ الحـرِّ مولـودُ
لا تشــتَرِ العَبــد إلا والعَصَـا معـهُ .. إِن العَبِيـــدَ لأنجـــاسٌ مَنـــاكيدُ
مـا كُـنتُ أَحسَـبُني أَحيـا إلـى زَمَنٍ .. يُسـيء بـي فيـهِ عَبـد وَهْـوَ مَحمودُ
وَلا تَــوهمتُ أَن النــاس قَـدْ فُقِـدُوا .. وأًن مِثْــلَ أَبــي البيضـاءِ مَوجـودُ
وأَنَّ ذَا الأَسْــوَدَ المَثْقــوبَ مشْــفَرُهُ .. تطِيعُــهُ ذي العَضــارِيطُ الرعـادِيدُ
جَوعـانُ يـأكلُ مِـن زادي ويُمِسـكُني .. لِكَــي يُقـالَ عَظِيـمُ القـدرِ مَقصُـودُ
وَيلُمِّهـــا خُطَّــةً وَيلُــم قابلِهــا .. لِمِثْلِهــا خُــلِقَ المهريَّــةُ القُــودُ
وعِندَهــا لَـذَّ طَعْـم المـوتِ شـارِبُهُ .. إِن المَنِيَّـــةَ عِنْــدَ الــذُلّ قِنديــدُ
مَـن علَّـم الأسـودَ المَخْـصِيَّ مكرُمـة .. أَقَومُــهُ البِيــضُ أَمْ آبــاؤهُ الصِيـدُ
أم أُذْنُــه فــي يـدِ النّخَّـاسِ دامِيـةً .. أَم قَــدْرهُ وَهــوَ بِالفِلسَـيْنِ مَـردُودُ
أولَــى اللِئــام كُوَيفــيرٌ بِمَعــذِرَة .. فـي كُـلِّ لُـؤْم وبَعـض العُـذْرِ تَفنِيـدُ
وَذاك أن الفحــولَ البِيــضَ عـاجِزَة .. عـنِ الجَـميلِ فكَـيفَ الخِصْيَـةُ السُودُ

Un vers des plus remarquables…

” Achète un esclave et achète une matraque en même temps ! “ ou
” N’achète jamais un esclave si tu oublies la matraque ! “

===> Insultant ainsi, Kafour El Ikhchidi, gouverneur d’Égypte.

El Moutannabi dit un jour de son Émir :

« Ce que tu as voulu et non ce qu’a voulu le destin!
Décide ! Donc, c’est toi, l’Unique Dominateur suprême !
Et, c’est comme si tu étais Le Prophète Mohamed
Et, c’est comme si ses alliés semblent être les Tiens ! »

===> Ici, El Moutannabi se permet d’utiliser des attributs spécifiques à Allah pour flatter son Émir Seyf Addawla en prétendant que la volonté de celui-ci peut se réaliser au détriment de celle du Tout-Puissant !

Le Coran dépeint les poètes en ces termes : Sourate “Les poètes” No 26.

26.224 : Et quant aux poètes, ce sont les égarés qui les suivent.
26.225 : Ne vois-tu pas qu’ils divaguent dans chaque vallée,
26.226 : et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ?
26.227 : sauf ceux qui croient et font de bonnes œuvres, qui invoquent souvent le nom d’Allah et se défendent contre les torts qu’on leur fait. Les injustes verront bientôt le revirement qu’ils [éprouveront] !

A l’instar des autres grands poètes arabes tels Ibn El moukafaa, El Djahedh qui ont eu à en découdre avec leurs dirigeants du moment, El Moutannabi ne fit pas exception à la règle…

Voici, un texte qui fait une remarquable description de la fièvre qui tourmente les nuits du poète.

Certaines métaphores nous font penser à une présence féminine :

وزائرتي كأن بها حياء …… …… فليس تزور إلا في الظلام

فرشت لها المطارف والحشايا ….. ….. فعافتها ونامت في عظامي

يضيق الجلد.. عن نفسي وعنها … …. فتوسعه بأنواع السقام

إذا ما فارقتني.. غسّلتني …. … كأنا عاكفان على حرام…!

كأن الصبح يطردها فتجري …. …. مدامعها بأربعة سجام

أراقب وقتها من غير شوق …… …. مراقبة المشوق المستهام

ويصدق وعدها.. والصدق شر …. ….. إذا ألقاك.. في الكرب العظام

أبنت الدهر.. عندي كل بنتٍ ……….. فكيف وصلت أنت.. من الزحام

جرحت مجرحاً.. لم يبق فيه ….. …. مكان للسيوف.. ولا السهام

ألا.. ياليت شعر يدي أتمسي …… ….. تَصَرَّفُ في عِنان أو زمام

Traduction

” De nuit elle (la fièvre) me visite
Comme prise de pudeur
Je lui étale manteaux de soie et moelleuses couches
Elle s’en détourne et s’endort dans mes os
Ma peau ne pouvant plus contenir ni mon corps ni elle
L’étire avec un éventail de souffrances
Quand elle me quitte, me fait des ablutions
Comme si nous nous étions livrés à l’interdit
L’aube semble la chasser, ses larmes coulent
De mes yeux, de mes paupières
Je guette son retour, sans désir
Pourtant tel un amant éperdu
Elle accomplit sa promesse (de retour), mais sincérité est un mal
Quand elle te jette dans les grands malheurs”

Documentation pour nos amis francophones

– la thèse de Régis Blachère sur El Moutannabi.
– “la solitude d’un homme” par Jean-Jacques Schmidt.
– Recueil d’articles de Blachère Massignon…(Centenaire d’El Moutannabi)

Al Moutannabi est, dans la poésie arabe, l’un des grands représentants de l’autopanégyrique (“Fakhr”). C’est un spécialiste dans la satire (“Hidja”). Le célebre poème qu’il a composé contre Kafour Al Akhchidi est un chef-d’oeuvre artistique mêlé de génie poétique et de fiel si génialement distillé que l’aspect discriminatoire du poème passe en deuxième position.
Certains orientalistes ont vu en lui un poéte … raciste .

Heureusement qu’Al Mutanabbi a d’autres beaux vers tels que :

“Je me vois encore faire rire mes dromadaires à chacun de mes voyages ils rient en regardant pour qui je leur ai fait faire de si terribles traversées
ils regardent les statues sans vie, les princes et les rois que je visite,
mais qui hélas n’ont même pas la chasteté des statues .
Alors ce matin, ma plume s’est tourné vers moi et m’a dit:
“La gloire est à l’épée, la gloire n’est point à la plume

Ecris ce que tu auras réalisé avec ton épée

Car ,esclaves de ton arme, nous sommes.”
Tu as bien parlé et mon reméde est ce que tu dis
Et si je ne fais rien, c’est que ma maladie
Serait tellement grave, car je n’aurais rien compris.”

=================================

un petit poème de “Majnoûn layla” de Qays ibn almoulawwah (664-688)

Sa légende a nourri toute une tradition de l’amour fou jusqu’en europe au 20ème siécle.

C’est l’histoire d’un jeune Bédouin du nom de Qays Ibn al-Mulawwah, de la tribu des Banû ‘Amir, vivant à la fin du VIIe siècle de notre ère, soit à l’époque où l’Islam prend son essor et part à la conquête du monde. Qays tombe amoureux de sa cousine Leyla al-Amiriyya et jusqu’ici, tout va bien : son amour est partagé, et les familles sont généralement favorables à ces mariages entre cousins. Mais Qays est un poète qui ne cesse de clamer son amour pour sa cousine. Ce faisant, il enfreint un tabou  et tout s’enchaîne !

La famille de Laylâ s’oppose soudain au mariage avec Qays puis la contraint à un mariage forcé avec un autre ! Qays quitte sa tribu et toujours obsédé par sa cousine, sombre dans la folie, d’où son surnom de Majnûn Leylâ « le Fou de Leylâ » (des médecins tentèrent bien de le guérir mais en vain…)  Il s’en va vivre avec les bêtes du désert et meurt d’épuisement et de douleur, continuant jusqu’au dernier instant d’écrire des vers à sa bien-aimée…
Majnoun était un tout jeune homme qui aimait Leïla depuis l’enfance de l’amour le plus tendre. N’appartenant pas au même clan,  les parents  cherchaient sans cesse à les éloigner l’un de l’autre.

Un jour, un ami de la famille de Majnoun lui dit :

” Mais cette Leïla que tu aimes avec tant de constance n’est pas plus belle que d’autres !

Majnoun répondit :

” Pour voir Leïla, il faut avoir les yeux de Majnoun ! “

ألاَ لَيْتَنَا كُنَّا غَزَالَيْنِ نَرْتَعِي                   
                   رياضاً الحوزان في بلد قفر
ألا ليتنا كَنَّا حَمَامَيْ مَفَازَة ٍ                   
                   نطِيرُ ونَأوِي بِالعَشيِّ إلى وَكْرِ
إلا ليتنا حُوتاَنِ في البَحْرِ نَرتَمِي                   
                   إذا نَحْنُ أمْسَيْنَا نُلَجِّجُ فِي الْبَحْرِ
ويا ليتنا نَحْيا جَمِيعاً وليتنا                   
                   نصير إذا متنا ضجيعين في قبر
ضجيعين في قبر عن الناس معزل                   
                   ونقرن يوم البعث والحشر والنشر

Phonétiquement (corrigé par moi-même)

Ala laytana

Ala laytana kounna ghazalayni narta3i
riyadhan mina lhawzan fi biladin qafrine
ala laytana kounna hamamayni mafazatine
natiro wa nae’wi bila-chayine ila (el)wakri
ala laytana houtani fi lbahri nartami
idha nahnou amseyna nouladji-djou fi lbahri
wa ya laytana nahya djami3an wa laytana
nassiro idha mitna, dhadji-3ayni fi kabrine
dhadji-3ayni fi kabrine 3ani Ennassi mou3zalina
wa Nouqrinou yawma Elba3thi wa Elhachri wa Ennachri.

(majnoun laylâ)

Traduction approximative (étant francophone) soyez indulgents !

Ah,Si nous pouvions être deux Gazelles paissant (en pâturage)
dans les jardins d’El Hawzan (en Éthiopie) en une terre désertique
Si nous pouvions être deux colombes comblées
volant (dans les cieux) et retournant sans souci vers leur refuge !
Si nous pouvions être deux poissons se jetant dans la mer (les flots)
Et lorsque le soir (nous surprend) nous plongeons maintes fois (dans les profondeurs) de la mer
Et Si nous pouvions vivre (toi et moi) ensemble, si nous pouvions…
devenir, lorsque nous mourrons, étendus dans la tombe
endormis dans une tombe (qui sera) isolée des gens
et nous regrouperions (ainsi) les jours de la Résurrection, du Rassemblement et de la Publication ! (de nos oeuvres ici-bas)

Remarque   

Dans ce dernier vers, il veut pérenniser avec sa bien-aimée cette posture (étendus) dans la tombe car son grand bonheur, c’est sa présence auprès de celle qu’il aime  dans la mort et après la mort !  

 

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